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après le calme vient la tempête ... [Célestine]
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après le calme vient la tempête ... [Célestine]

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Hiboux envoyés : 48
Lettre reçue le : 05/07/2014
Age : 37

DOSSIER SCOLAIRE
INVENTAIRE:
PETITES CHOSES A SAVOIR: médecin scolaire. penseur. promis. pas encore lié. dissimule le tatouage qui orne sa nuque.
LIENS:

Parchemin rédigé par Ezéchiel Sinistra, Mer 10 Sep - 0:09
La journée avait été rude. Interminable. Les combattants avaient défilés à l’infirmerie, plus amochés les uns que les autres. Un déferlement de blessés. Un flot continue de sang. Une avalanche d’os brisés. Autant dire qu’Ezéchiel et Célestine n’avaient pas chômé. En d’autres termes, ils avaient à peine eu le temps de se chamailler ; ce qui n’avait pas échappé aux étudiants, surpris par cette affabilité aussi inattendue que séduisante, aussi surprenante que décevante. En effet, quand il s’agissait du duo Ezéchiel-Célestine, les étudiants étaient souvent partagés entre l’amusement et l’agacement ; si leurs chamailleries les réjouissaient, leurs querelles, parfois virulentes, pouvaient les embarrasser, voire même, les exaspérer. Leurs petites disputes étaient célèbres dans tout Bellarosa, et rare était celui qui n’avait jamais assisté à l’une d’entre elles …

Mais aujourd’hui, aussi étrange que cela puisse paraître, le calme avait régné en maître sur l’infirmerie. En vérité, il suffit de bien les connaître pour comprendre l’origine de cette accalmie ; c’est seulement dans l’action qu’ils parviennent à oublier leurs différends. En effet, l’un comme l’autre ont un rapport très intime à leur métier, un rapport presque viscéral. Le devoir avant tout. Soigner. Guérir. Rétablir. Ils partagent ce vœu, ce besoin. Certes, Célestine ajouterait bien dorloter, chouchouter et materner à la liste … mais on le sait tous, personne n’est parfait ! Enfin bref. Pour dire les choses plus clairement, quand il s’agit d’exercer leur métier dans l’urgence, ils sont sur la même longueur d’onde ! Chose rare et surprenante, mais ô combien charmante ! Hors, comme le dit le vieil adage : après le calme vient la tempête …

Et en effet, la situation n’allait pas tarder à déraper. Si la plupart des combattants avaient déjà regagné le manoir – certains étant probablement en train de vagabonder dans le château à la recherche d’une belle à séduire – l’un d’entre eux était toujours là, bercé par les douces paroles réconfortantes de Célestine, couvé par son regard tendre et maternel … Une vision ô combien déplaisante pour Ezéchiel qui s’empressa de regagner la réserve afin d’échapper à cet intolérable spectacle, bien décidé à profiter de l’occasion pour vérifier l’état des stocks. La journée avait été si soutenue qu’il avait quelques difficultés à visualiser la quantité d’herbes, de potions, de philtres et autres remèdes utilisés depuis le début de la matinée ; rien de mieux, donc, que de se lancer dans l’inventaire. Non pas que cette tâche l’enchantait, loin de là, mais il était clair que Célestine ne pouvait s’en charger. Quant aux étudiants à qui Ezéchiel se faisait un plaisir d’assigner des retenues, hors de question qu’ils mettent les pieds dans son antre ! Il préférait encore se coltiner le sale boulot lui-même …

Mais voilà qu’à peine entré dans la réserve, il aperçoit ce qu’il n’aurait jamais dû apercevoir, ce qui n’aurait jamais dû avoir lieu ! Exaspéré, il s’empare promptement des deux bocaux victimes d’une énième erreur de Célestine – de qui d’autre !? - et revient sur ses pas, annonçant d’ors et déjà la couleur à sa collègue en criant sèchement son prénom, prénom dont il ne faisait que rarement usage, si ce n’est lorsqu’il avait des remontrances à lui faire. Un « Célestine ! » bref, cassant et dur. Trois syllabes qui ne présageaient rien de bon.

Il se planta devant elle, sans réaliser le moins du monde qu’un étudiant allait assister à la scène. Brandissant sous le nez de Célestine deux bocaux contenant respectivement un liquide violet jouant à merveille le rôle d’antiseptique et une pâte à l’apparence visqueuse, d’un orange terne, blafard et maladif, il s’indigna avec fermeté, une pointe de lassitude dans la voix : « Qu’on se mette bien d’accord ma grande ! Que tu veuilles faire les choses par toi-même, pas de problème. Tant que tu les fais correctement ! Si c’est pour faire n’importe quoi, je préfère que tu me demandes confirmation, même s’il s’agit tout bêtement de faire la différence entre du orange et du violet ! » Sur ces mots, il posa durement les bocaux sur la table la plus proche avant de poursuivre d’un ton condescendant : « Au cas où tu l’aurais oublié - sait-on jamais ! au contact de l’antiseptique, le cicatrisant perd toutes ses propriétés régénératives et devient nocif ! NO-CIF ! Echanger les couvercles est une erreur qu'on ne peut pas se permettre ! »
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Hiboux envoyés : 23
Lettre reçue le : 08/09/2014
Localisation : Infirmerie de Bellarosa

DOSSIER SCOLAIRE
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PETITES CHOSES A SAVOIR:
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Parchemin rédigé par Célestine Rosier, Mer 10 Sep - 1:06
Je suis fatiguée. D'une bonne fatigue, d'une fatigue active, physique, saine, née de l'effort de cette journée éreintante. Le défilé des jeunes à l'infirmerie a commencé tôt, et ne s'est pas encore achevé – l'un d'eux est encore présent, et j'achève de panser ses plaies en tenant loin de moi l'étourdissement qui menace de s'en prendre à mes tempes. J'aurai bien le temps de me reposer une fois toutes les blessures soignées et les élèves remis en bonne santé, après tout, je suis adulte, moi ! Je suis adulte, et les enfants passent d'abord. La plupart des éclopés de la journée, plus ou moins rafistolés, sont sûrement en train de profiter du début de soirée dans les couloirs de Bellarosa, pendant qu'Ezéchiel et moi terminons notre tâche. Il a mis dehors son dernier blessé avec quelques bonnes paroles bien à son habitude, tandis que je termine d'apaiser les petits bobos récalcitrants du mien. Il est courageux, celui-là : c'est l'un des plus jeunes élèves, et il a tenu tête à l'un de ses aînés de plusieurs années, avec une bien belle bravoure, et je laisse déborder mon trop-plein d'affection au détour de quelques phrases de réconfort.

Bien sûr, c'est compter sans Ezéchiel. Je me demande parfois quelle lubie lui a pris de choisir une telle profession, quand il ne manifeste pas la moindre empathie pour ses patients. Cela dit, cette fois c'est vers moi qu'il tourne son courroux, et je pousse un soupir résigné avant de reporter mon attention sur sa tirade. Je me disais bien, aussi, qu'une journée sans l'une de ses homélies habituelles à mon encontre était une promesse trop belle pour rester vraie...

Il agite deux bocaux sous mon nez, avant de les poser vivement sur un pupitre juste à côté. Sa remarque mesquine trouve parfaitement sa cible, et une goutte de sang perle à la blessure que je porte soigneusement cachée de tous, sous l'océan de calme dont j'enveloppe ma cécité prochaine. Levant fermement le menton, ferme et calme, je tapote l'épaule de mon blessé. « Vous pouvez y aller, Jamie. Revenez nous voir demain si votre genou vous fait souffrir à nouveau, et tâchez de reposer votre jambe ce soir, d'accord ? » Le petit semble avoir compris que ça allait chauffer dans le secteur et il déguerpit sans demander son reste – rejoignant sûrement le groupe de ceux traumatisés par Ezéchiel à leur première visite à l'infirmerie et qui n'en repasseront le seuil qu'à l'article de la mort, contraints et forcés ! Pauvre Jamie.

L'espace de quelques secondes, je m'affaire à nettoyer le lit de ses traces de sang, changeant les draps sans vraiment les regarder, avec l'habitude née d'années à me déplacer dans l'infirmerie sans le soutien de mes yeux. Je dépose le linge souillé dans les vastes paniers en partance pour la lessive, gardant contenance dans ces actes répétitifs tandis que je panse la plaie de mon âme, avivée par les paroles de mon collègue à l'instant. Je ne suis pas atteinte par sa vindicte, il a raison de me reprocher une erreur telle que celle-ci tant les conséquences auraient pu être dramatiques – mais sa pique a bien porté, et je chasse d'un mouvement de tête le spectre d'une larme qui aurait voulu s'imposer. Est-ce qu'il sait que, depuis le début du mois environ, je ne parviens plus à distinguer les grilles du parc depuis la fenêtre de l'infirmerie, même en plein jour et sous les rayons du soleil ? Est-ce pour cela qu'il enfonce le clou encore un peu plus ? Comme si les quolibets de quelques mauvaises graines parmi les élèves ne suffisaient pas – il faut maintenant que je les affronte dans le sanctuaire qu'est l'infirmerie ? Il s'était abstenu de m'attaquer sur ma faiblesse jusqu'ici, alors quoi, c'est permis à présent ? Lui aussi a le droit de me traiter comme une moins-que-rien sous prétexte que je m'enfonce dans l'obscurité un peu plus chaque soir ?

Notre antagonisme ne m'avait jamais dérangée. Cette relation de chat et chien, entre le miel et l'amer, tissée de reproches et de soutien, de haussements de sourcils et de sourires en coin, c'est l'essence de ma vie à Bellarosa : un rappel constant que ma vie n'est pas glorieuse, mais qu'elle mérite tout de même d'être vécue, et qu'il y a dans chaque buisson d'épines une fleur agréable à découvrir et à préserver. J'aimais notre relation toute autant faite d'opposition que d'approbation, j'aimais nos moments de lutte comme nos moments de complicité, nos instants de discorde et nos instants de grâce. Même dans les moments les plus intenses de nos accrochages, j'avais son respect.

Je ne l'ai plus.

Pourquoi, comment ? Je ne sais pas, mais quelque chose a changé, je l'entends dans le son de sa voix alors que je lui tourne encore le dos. Mon esprit de combattivité s'agite et trépigne au fond de moi, mais la situation est un peu trop tendue pour que je me laisse aller à un déferlement d'arguments passionnés. Inutile de jeter de l'huile sur le feu. Carrant les épaules, serrant les mâchoires, je force un peu de ma douceur naturelle à transparaître dans mon intonation alors que je lève enfin les yeux sur lui.  

« Je n'ai pas oublié les propriétés de l'antiseptique et du cicatrisant. Toi, par contre, tu as l'air d'avoir oublié que je ne suis pas une étudiante. J'ai peut-être fait une bêtise, mais je pense être capable de la corriger sans que tu me brailles dessus. Tu es fatigué, j'ai bien compris – je suis fatiguée aussi, c'est pas pour autant que je t'arrache le nez devant un élève. Alors tu te calmes, mon grand - » Vilaine, Célestine, vilaine fille de parodier aussi exagérément son « ma grande » de tout à l'heure, mords-toi la langue ! « - et quand tu auras remis les pieds sur terre, on pourra en parler. Entre adultes. »

Morgue et assurance. Comme pour mieux cacher la fêlure dans ma cuirasse, là où hier encore il n'y avait qu'une solide carapace.
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Parchemin rédigé par Ezéchiel Sinistra, Mer 10 Sep - 14:30
« Une erreur qu’on ne peut pas se permettre ». Dernière phrase. Pronom indéfini n’étant rien de plus qu’une vaine tentative de rattrapage. Au fur et à mesure que les mots franchissaient la barrière de ses lèvres, Ezéchiel réalisait à quel point son attitude était inconvenante. Prise de conscience qui s’avéra d’autant plus prégnante lorsque Célestine congédia avec douceur le jeune Jamie. Cette faute l’avait tant contrarié qu’il en avait oublié la présence de l’adolescent. Une maladresse qu’il ne se pardonnerait pas de si tôt. Célestine subissait assez de moqueries de la part des étudiants ; qu’il se permette d’en rajouter une couche en évoquant son handicap en leur présence était déplacé. Ezéchiel en avait parfaitement conscience. Mais c’était trop tard. Et plus encore, même avec la meilleure volonté du monde, il n’aurait pas pu s’en empêcher. Il avait beau être maître dans l’art du contrôle de soi, impassible et impénétrable, capable de dissimuler et de feindre n’importe quelle émotion … quand Célestine était dans les parages, il lui arrivait parfois de se laisser emporter par la situation. D’autant plus lorsque le bon fonctionnement de l’infirmerie était en jeu. Les conséquences qui auraient pu découler de cette maladresse … A cette simple idée, Ezéchiel avait des sueurs froides.

Et pourtant, en voyant Célestine s’affairer en silence, il en oublia presque cette ombre, qui l’espace d’un instant, avait enveloppé l’infirmerie, menaçante, sinistre. Il observait la jeune femme tandis que les capacités que lui octroyait son Don faisaient naître en lui la culpabilité, cet étrange sentiment qu’il n’éprouvait que rarement, et seulement, en sa présence. Il sentait que sa remarque l’avait blessée ; son manque de délicatesse avait ravivé sa blessure, cette blessure qu’elle pansait au quotidien, à laquelle elle s’était résignée, consciente du fait qu’elle ne cicatriserait jamais, qu’elle serait toujours douloureuse et cuisante. A vif. Elle avait beau lui tourner le dos, il décelait cette tristesse silencieuse, muette ; il la sentait dans l’air. Palpable, pesante, elle s’était abattue sur lui telle une gifle, avec une violence inouïe. Mais il n’avait pas tressaillit. Impassible, il écoutait le silence, ce silence qui lui rappelait sa propre erreur. Une faute qu’il ne reconnaîtrait pas ; mais une faute qui lui laissait un goût amer dans la bouche.

Il sait qu’elle va parler. Son corps s’agite doucement ; ses gestes sont précis, mesurés ; mais à l’intérieur, c’est l’effervescence. Et enfin, elle affronte son regard. Il sent sa peine dans ses propos, et même une pointe de colère, de déception aussi. Ca lui fait mal. Il n’en montre rien. Il va même jusqu’à feindre la décontraction la plus totale, esquissant un sourire en coin dédaigneux à son « mon grand », appellation qui ne fait que confirmer ce qu’il avait perçu jusque là, dans son silence, et qui lui rappelle, une fois encore, son indélicatesse.

« Très bien. » approuva-t-il sèchement. « Me voilà redescendu. Même si de nous deux, ce n’est pas moi qui ait la tête dans les étoiles … enfin, passons. » Lui rappeler sa maladresse au passage n’était pas très noble de sa part, mais ça lui permettait de feindre le détachement, de se convaincre lui-même, de s’assurer qu’il ne se laissait pas atteindre par la peine qu’il lui avait causé. Hors de question de se laisser aller à des états d’âmes ! « Parlons donc entre adultes, puisque c’est ce que tu souhaites. » Le ton était railleur, le geste théâtral. Mais cette affirmation permit à Ezéchiel de se radoucir, et c’est sans animosité aucune qu’il poursuivit : « Je sais que la journée a été rude. Ca arrive à tout le monde de faire des erreurs - » Si ce n’est à moi-même lui traversa l’esprit, mais il eut la décence de ne pas prononcer ces mots à haute voix. « - mais une erreur comme celle-ci peut coûter cher, très cher … » Il marqua une brève pause avant de poursuivre. « Tu sais tout ça, inutile de tergiverser là-dessus. Ce qui m’exaspère plus que cette étourderie, c’est que tu ne viennes pas me demander de l’aide. Tu sais qu’en cas de besoin, je suis là pour te guider. »
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Hiboux envoyés : 23
Lettre reçue le : 08/09/2014
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Parchemin rédigé par Célestine Rosier, Dim 5 Oct - 14:40
Quelques secondes passent en silence. J'entends le sang battre à mes tempes – le battement plus rapide de mon cœur qui s'offusque, de l'indignation qui s'enflamme, dans le silence qui mure mes paroles et retient mes mots. Je ne veux pas en dire plus. Il n'a pas besoin de savoir l'étendue de ma détresse, il ne doit pas comprendre à quel point je me sens mal dans ce quotidien qui s'effrite – et même si je suis forte, même si j'en ai pris mon parti, même si j'affronte chaque jour avec sérénité, il ne doit pas savoir combien ces quelques rares moments de détresse me pèsent. Sa pique m'a fait mal – d'autant plus mal que je lui accordais ma confiance, et que je me sentais en sécurité à l'infirmerie. Sur mon territoire. Aussi à l'aise dans mon domaine qu'une sirène dans l'eau ou qu'un dragon dans les airs, le soleil dans les yeux et le vent dans les ailes. A croire que je m'étais trompée – à croire que je suis devenue indésirable. Ezéchiel a tout pouvoir ici, je le sais bien, y compris celui de m'en chasser ; mais un sursaut de fierté réveille en moi l'envie de me battre, secouant le manteau de tristesse qui menaçait de m'engloutir.

Il parle. Le venin dans ses mots avive la plaie sourde que je cache, mais je tente de mon mieux de ne pas le laisser paraître. Son ton est railleur, son geste théâtral : à croire qu'il se moque de moi en plus de m'enfoncer la tête sous l'eau. Quelle mouche l'a donc piqué ? Je le pensais au-dessus de telles bassesses – ou bien est-ce simplement que je prends tout de travers, aujourd'hui en particulier ? Sûrement, puisque la suite de son discours me semble moins hargneux, moins mesquin. Un peu plus confus néanmoins, à mi-chemin entre un rappel de bonne conduite, et ce qui ressemble à des excuses informulées – des excuses ? Venant de part ? Diantre. Je me fais certainement encore des idées.

« Là, pour me guider, Ezéchiel ? Allons donc. Tu sais aussi bien que moi que si la situation devait en arriver au point où je ne pourrais plus rien faire ici sans ta supervision et ta validation, si je devais en arriver à t'interrompre constamment pour que tu surveilles chacun de mes mouvements, je n'aurais plus ma place à l'infirmerie. Quand cela arrivera, je serai un danger, je ne pourrai plus venir en aide aux élèves, t'assister dans tes fonctions, remplir le rôle qu'on a bien voulu me donner. Je deviendrai inutile, une nuisance, un poids... un fardeau, Ezéchiel. Un fardeau... »

J'achoppe sur ce dernier mot, et la fêlure dans ma voix me fait peur, là où j'avais toujours réussi à contenir ma terreur. J'ai toujours refusé de devenir une charge encombrante, une infirme dont l'on doive constamment s'occuper – je refuse, je refuse catégoriquement de l'envisager, et admettre mon angoisse devant ce destin inéluctable me fait mal. D'autant plus mal que c'est devant lui que je me trouve forcée de le faire : mettre des mots sur cette peur insidieuse qui ronge perpétuellement mes arrières-pensées, regarder en face ce spectre sombre qui se cache et me guette dans la pénombre qui s'intensifie autour de moi. Ezéchiel n'est pas un confident idéal, et je ne me suis jamais ouverte à lui de ce doute sournois qui parfois me saisit par la nuque, jamais au cours des années où j'ai œuvré à ses côtés, mais je le sais intelligent et perceptif, il a sûrement compris depuis longtemps pourquoi je regarde chaque matin du côté de la grille pour m'assurer que je suis toujours capable de la distinguer au loin et donc de remplir mes tâches avec efficacité.

Mais ce temps-là semble révolu, de plus en plus à chaque nouveau jour. Haussant les épaules, fataliste, je me détourne pour me jucher sur la commode devant le lit que j'ai débarrassé de ses draps, les mains sous les cuisses et les yeux au sol, balançant mes jambes pour me donner contenance – tout, plutôt que de relever les yeux vers lui alors que je me sens encore si vulnérable et devoir affronter la désapprobation dans son regard. S'il me chasse, ah, Mère – je ne sais pas ce que je deviendrai. J'ai trouvé ma place à Bellarosa, j'ai trouvé une raison de me battre encore, une raison de m'accrocher et de refuser de baisser les bras ; et s'il me prend cela, Mère, ah Mère – je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi.
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